• Cecile

Vivre sa colère


La colère dans tous ses états.

Elle nous en fait voir de toutes les couleurs. On peut être vert de rage, se fâcher tout rouge, ou entrer dans une colère noire.

Elle peut aussi nous mettre dans tous nos états et nous faire sortir de nos gonds ou nous faire monter la moutarde au nez.

Et dans les cas les plus sérieux, après avoir piqué une colère, elle peut nous rendre fou de rage, ivre de colère avant de nous faire exploser.


Dans la religion catholique elle est l’un des 7 péchés capitaux, source d’autres péchés, pour les bouddhistes tibétains elle fait partie des cinq poisons de l’esprit qui sont des émotions perturbatrices.



Quels sont les signes physiques de la colère ?

Sous le coup de la colère le visage se transforme. La tête se penche un peu en avant, le front se baisse, les yeux regardent vers le haut, les sourcils se froncent faisant apparaitre la ride du lion, les narines se dilatent, les lèvres se pincent et la mâchoire se verrouille. Les traits se transforment, se déforment et le sang monte au visage.

Dans le même temps le cerveau met en branle notre petite usine chimique intérieure et déverse dans l’organisme adrénaline, cortisol et testostérone. Le cœur s’emballe, la respiration change de rythme, les muscles se contractent et se tendent.

Une fois encore la synchronisation entre le corps et l’esprit est parfaite. L’un ne va pas sans l’autre et l’autre sans l’un.



La colère, une émotion complexe.

La colère est l’une des émotions les plus intense que l’on puisse connaitre. Mais il ne faut pas craindre cette émotion volcanique, il faut juste la gérer afin de ne pas en payer les conséquences physiques ou psychologiques.

Elle comporte, comme toutes les émotions, un message qu’il faut comprendre. Chaque émotion a sa raison d’être. Nous avons vu dans un autre post que la peur est une émotion de survie. La colère, elle est une émotion de protection. Elle permet d’éloigner de soi ce qui est blessant ou douloureux. Elle est comme un bouclier derrière lequel on peut cacher ses fragilités.


Accueillir cette émotion n’est pas simple. L’entendre, la ressentir et en comprendre le message sans se laisser emporter, sans réagir à chaud n’est pas chose facile.

Il est nécessaire de prendre un peu de recul, de laisser les choses reprendre leur cours afin de mieux comprendre ce qui se joue réellement.


Il faut explorer cette colère afin d’en identifier l’origine car comme toutes les émotions, la colère nous parle de nous. Elle est déclenchée par un stimuli extérieur mais entre en résonnance avec nous, nos blessures et nos fragilités.

Il faut donc s’aventurer dans notre labyrinthe intérieur afin de trouver l’origine du séisme et, sans complaisance creuser pour mettre à nue les racines et transformer en sagesse cette énergie qui peut être dévastatrice.

La colère est une émotion rebond. Elle est la conséquence d’une première émotion que l’on a pris de plein fouet, qui est venue nous percuter.

Lors de cette introspection, la difficulté est d’identifier et comprendre l’émotion qui est à l’origine de la colère.

Les questions à se poser peuvent alors être celles-ci :

Quelle part de nous se sent attaquée et pourquoi ? Qu’est-ce que cela remet en question ou fait chanceler ? Quelle blessure a entraîné cette réaction ? Qu’est-ce que cette colère me dit de moi ? Quel est le message ? Qu’est-ce qui m’a tant blessé ? A quel moment précisément le vent de cette colère s’est-il levé ? Quel mot ? Quel geste ?


La colère nous indique souvent qu’une limite a été franchie et que nous ne nous sentons pas respecté. Nous pouvons alors nous sentir agressé, abusé ou bafoué, cela peut faire écho à un besoin de reconnaissance et d’affirmation de soi.

Mais parfois la colère peut aussi surgir après une réaction de peur.

Combien de parents ont commencé par être très en colère et crier sur leur enfant alors qu’en fait l’émotion de départ était la peur. Peur qu’il se fasse renverser, peur qu’il lui arrive quelque chose, peur car il avait échappé à leur surveillance, …


La colère peut se manifester à des moments aussi divers qu’inattendus dans notre quotidien, lorsque la réalité ne se présente pas telle que nous la souhaiterions. Elle peut alors être le révélateur d’un besoin de tout contrôler, d’une incapacité à lâcher prise en particulier sur ce qui ne dépend pas de nous et ne pouvons pas contrôler comme le retard d’un train, l’agressivité de quelqu’un, la maladresse d’un autre, …


La colère nous parle souvent d’injustice, de tristesse, de peur ou d’estime de soi. Toutes ces émotions non dites sont souvent à l’origine de colères intérieures.



Faut-il exprimer sa colère ?

Ce n’est pas l’émotion en elle-même qu’il faut craindre mais son expression, la façon dont cette colère va s’exprimer lorsque le cerveau est court-circuité par les sensations et les ressentis.

La colère a mauvaise réputation et est souvent perçue comme annonciatrice de perte de contrôle et dans certains cas de violences verbales et/ou physiques.


Mais en fait elle n'est réellement un problème que si, comme toutes les émotions, on ne la traite pas comme elle devrait l’être. Exprimer sa colère est indispensable. Il faut abandonner cette idée, inculquée dès notre jeune âge, que notre colère n’est pas recevable par autrui, que nous nous devons donc de l’étouffer, de la contenir et de ne pas l’exposer ... comme si elle était honteuse.

Des expressions comme « ravaler sa colère », « étouffer sa colère » illustrent bien la façon dont souvent nous avons été formaté quant à la gestion de cette émotion.

Comme toute émotion, elle doit être exprimée afin de ne pas exploser plus tard, de façon complètement déconnectée.


La colère ne devient un problème que si l’on n’en fait pas l’usage que sa raison d’être même requiert. Elle nécessite une suite constructive tant pour soi que dans la relation à l’autre, à défaut silences, brouilles, craintes et peurs peuvent s’installer.

Il ne faut pas laisser s’installer ces colères « rentrées » et ce mode opératoire qui consiste à ne pas utiliser et exprimer les colères.


Les impacts physiologiques de la colère sont très proches de ceux du stress.

Comme l’explique Christophe Haag, « la physiologie périphérique de la colère est proche de celle du stress ….Cette émotion peut amener à développer de l'anxiété, des phobies ou un comportement compulsif». Étouffer ses colères peut donc provoquer entre autre anxiété et insomnie de la même façon que le stress.


La colère refoulée, la rage étouffée sont autant de bombes à retardement enfouies profondément qui s’accumulent puis nous minent et affectent notre personnalité. Refouler ses colères ou ses coups de gueule devient alors un mode de fonctionnement normal, les colères rentrées sont chroniques. Petit à petit l’émotion non dite s’accumule et forme le lit d’un mal être psychologique et physiologique rendant bientôt quotidien la mauvaise humeur, l’anxiété, la fatigue, et l’insomnie. Plus l’émotion s’accumule, plus le mal être est important.


« Il ne décolérera jamais, celui qui ne sait pas pour quoi il s’est mis en colère" - Salomon Nasielski


Exprimer sa colère c’est aussi accepter d’abandonner cette image de personne lisse, conciliante et d’accord avec tout le monde. En contrepartie c’est gagner l’image de d’une personne qui dit ce qu’elle pense et ce qu’elle aime. D’une personne dont l’avis compte car il est vrai puisqu’elle sait l’exprimer.



.... et la colère des autres ?

Mais s’il faut exprimer sa colère, il faut aussi être capable d’écouter la colère des autres.

Il est alors important de garder en tête qu’être en colère ne veut pas dire haïr et qu’une personne en colère n’est pas dangereuse mais le plus souvent en mal d’amour ou blessée.

Écouter c’est être centré sur l’autre, reconnaitre l’importance de sa colère et lui donner de réels signes d’intérêts en essayant de comprendre les raisons de sa colère. Ce n’est évidemment pas le moment d’argumenter, de se justifier ou d’escalader en donnant de la priorité et une plus grande importance au ressenti que l’on peut avoir.

Accepter d’écouter et d’accueillir les colères de l’autre permet de l’aider à identifier et exprimer ses besoins. Cette posture où l’on abandonne l’idée de la fuir face à la colère d’un proche nous amène à abandonner, si elle existe, notre identité de personne apeurée, susceptible ou sur la défensive et endosser le rôle de la personne calme, posée et à l’écoute de l’autre. C’est aussi une façon de progresser et transformer la colère de l’autre en énergie positive.


Il est donc indispensable de travailler sur les colères refoulées depuis longtemps et un simple exercice de relaxation ou de respiration ne sera pas suffisant. Il faut aller aux racines du problème qui bien souvent sont inconscientes. Pour cela l’hypnose est le moyen le plus efficace d’en trouver les origines, de réparer les blessures et d’apprendre à gérer cette émotion. Ces étapes sont indispensables pour avancer sereinement.

Fâchons-nous donc, mais fâchons-nous bien, de telle sorte que l’on nous apprécie plus et que l’on nous aime mieux.




Ce petit conte de Thich Nhât Hanh illustre d'une certaine façon ce qu'est la colère.

Un moine décida de méditer seul, loin de son monastère.


Il s’en fut dans une barque, au milieu du lac, jeta l’ancre, ferma les yeux et commença à méditer.

Après quelques heures de silence, il sentit soudainement le choc d’un autre bateau heurtant le sien.

Les yeux toujours fermés, il commença à respirer la colère, puis la rage.


Il ouvrit alors les yeux, prêt à hurler sur le batelier qui avait si brutalement dérangé sa méditation. Il resta bouche bée : c’était une barque vide qui avait frappé la sienne. L’embarcation s’était probablement détachée et avait dérivé.


Le moine comprit que le moindre choc de l’extérieur suffisait à ce qu’il se mette, tout seul, hors de lui. Dès lors, chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un qui l’irritait ou provoquait sa colère, il se souvenait : "Cette colère est la mienne. L’autre n’est qu’un bateau vide".




Pour aller plus loin

- La Colère - transformer son énergie en sagesse - Thich Nhât Hanh

- Le bon usage de la colère - Salomon Nasielski



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