• Cecile

La peur


Parmi les 6 émotions primaires (selon Paul Ekman), la peur n’est certainement pas celle que l’on préfère. Nous craignons cette émotion et pourtant elle est l’une des plus précieuses et devrait être notre meilleure amie. Ses vertus et bienfaits sont largement méconnus ou plus précisément, nous avons perdu de vue sa fonction utile et les bénéfices que nous pouvons en retirer.


Attardons-nous un peu sur cette émotion impopulaire que nous devons apprendre à aimer.


La peur peut aller de la crainte à l’épouvante en passant par l’inquiétude, la frayeur ou la terreur. Elle peut s’avérer stimulante mais peut de la même façon être bloquante.

La palette des ressentis liés à cette émotion est vaste.


La peur est une émotion généralement très brève liée à un stimulus très précis.

La peur est salvatrice. Elle est là pour nous avertir d’un danger imminent ou d’une menace et déclencher chez nous une réaction de survie. Elle fait intervenir une partie de notre cerveau qui se nomme le cerveau reptilien. C’est dans cette zone du cerveau que sont à l’œuvre nos reflexes primaires et notre instinct de survie.


Elle déclenche une cascade de réactions qui nous préparent à fuir ou à nous protéger que ce soit physiquement ou psychologiquement.

Les manifestations physiques de la peur sont diverses et peuvent être étonnantes.

Le corps se raidit, se fige. La force est décuplée. On se met à trembler, on transpire, la gorge devient sèche, les mâchoires se contractent, les dents claquent, les mains se crispent, on devient livide.

Bref, l’ensemble du corps répond en une fraction de seconde à ce stimulus externe décodé par l’amygdale sur la base des informations visuelles, auditives, …perçues.

Nos systèmes sympathiques et parasympathiques sont aux manœuvres.


La peur provoque une accélération du rythme cardiaque qui permet d’oxygéner les organes et les muscles et les prépare à se mobiliser plus rapidement. La respiration est perturbée, l’excitation des sens de l’ouïe et de la vue augmente le niveau d’attention.


Les expressions du visage appelées micro-expressions ont été décrites par Paul Ekman.

Les yeux s’écarquillent laissant apparaitre le blanc des yeux dans la partie supérieure, les pupilles se rétractent, les paupières supérieures se lèvent alors que dans le même temps les paupières inférieures se tendent au coin intérieur de l’œil, les sourcils se lèvent et se froncent, le front se fripe, la bouche s’entrouvre et s’étire vers l’extérieur du visage.


Dans le langage de tous les jours, un certain nombre d’expressions illustre la diversité des réactions et manifestations liées à la peur. Les symptômes physiques sont à l’honneur et tous les sens sont concernés.

Pour les jambes on a le choix entre « avoir les jambes coupées », « avoir les jambes en coton » ou « prendre les jambes à son cou ». Parfois les jambes font tellement défaut que l’on est même « cloué sur place ».

Le corps lui peut « trembler comme une feuille », « être glacé d’épouvante », « avoir des sueurs froides », « la chair de poule » ou « avoir le sang qui se glace ».

On « claque des dents », on « reste sans voix », on est « muet de terreur ».

On peut devenir « blanc comme un linge », « vert de peur » ou « avoir une peur bleue », sans compter « les cheveux qui se dressent sur la tête » ou « le souffle coupé ».


Souvent, c’est lorsque les symptômes sont à leur paroxysme que nous prenons conscience de cette peur qui nous a déjà envahi, d’où l’importance d’en identifier les premiers signes.

Elle déclenche des réactions physiques, mais s’inscrit aussi durablement dans la mémoire sous forme d’apprentissage.

La peur est une émotion que notre cerveau stock avec une précision et une efficacité remarquable et redoutable. Les expériences de peur intense laissent même des marques biologiques appelées engrammes dans certaines parties du cerveau.

La mémoire, qui stock ces expériences, crée des schémas directeurs qui conditionnent la façon de percevoir certains évènements. Parfois, un stimuli extérieur rappel une expérience passée douloureuse et brusquement le circuit émotionnel court-circuite le circuit rationnel et des réactions inadaptées surviennent de façon anticipée. L’imagination joue un grand rôle dans la peur. L’évènement n’a pas encore eu lieu … que nous en anticipons déjà les conséquences, nous amenant parfois à les amplifier ou à les fantasmer complètement.

Mais la peur n’est jamais là sans raison. Elle a toujours une fonction utile. Elle est bien entendu là pour nous préserver physiquement (appel à la notion de survie), mais elle permet aussi d’identifier des besoins importants pour soi (confiance en soi).


Mais la peur est une émotion limitante si on n’en fait rien. Notre cerveau qui intègre les expériences où nous avons connu la peur, en fait l’apprentissage, puis fait en sorte de nous éviter les mêmes situations.

Apprendre à connaître ses peurs est donc indispensable. Une fois identifiées on peut aller à leur rencontre, leur faire face, les dépasser et s’autoriser à oser et vivre davantage de choses.


La prochaine fois que vous la sentez venir, ... analysez la. Que vous ressentez vous ? Que se passe-il en vous ? Qu’est-ce qui vous fait peur précisément ? Que pourrait-il se passer si ce qui vous effraye arrive ? Qu’est-ce que cela fait raisonner chez vous ? Quel besoin doit être satisfait et de quelles ressources avez-vous besoin ?

Décortiquez-en minutieusement les mécanismes afin de comprendre pourquoi cette peur est là et quel message elle vous apporte ?

Ne cherchez pas à la nier, l’ignorer ou l’esquiver vous ne feriez que la nourrir et la faire grandir jusqu’à ce qu’elle occupe une part importante de vos pensées.


Apprenez à écouter vos peurs et à les apprivoiser afin de leur accorder de moins en moins d’importance. Les dépasser renforcera votre confiance en vous et vous fera grandir.

L’estime et le respect de soi-même sont les fondements même de l’épanouissement personnel.


La peur est une émotion apprise liée à votre vécu, elle est le fruit de nos pensées. Tous ce qui a été appris peut-être corrigé et réappris autrement. Rien n’est définitif et inscrit pour la vie.





Pour en savoir plus :

https://www.insb.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/un-engramme-ocytocinergique-pour-apprendre-et-controler-sa-peur

47 vues

Posts récents

Voir tout