• Cecile

Le pardon


Le pardon … on a tous quelque chose à se faire pardonner ou quelqu’un à pardonner.

Qu’est-ce que le pardon et qu’est-ce que cela apporte de pardonner ? Est-ce que pardonner c’est oublier ? En quoi est-il important de pardonner ce que l’on considère parfois comme impardonnable ? Peut-on pardonner à quelqu’un qui ne demande pas pardon ?

Tellement de questions se posent.


Étymologiquement, pardonner vient du verbe latin perdonare (per/donare). Le prefixe per qui a une fonction de renforcement et d’aboutissement et le verbe dono (are) dont l’un des sens est « tenir quitte de… ». Il s’agit du don que l'on fait de son droit au ressentiment après avoir été la victime d'une offense. Pardonner, c’est ne plus en vouloir à quelqu’un pour une faute commise, c’est abandonner le désir de vengeance et se libérer du sentiment de haine. Mais selon la profondeur de la blessure et la proximité de la personne qui a porté le coup le processus du pardon peut-être plus ou moins complexe.


Oublions ici le côté moral et religieux du pardon et rappelons-nous que nous formons un tout dans lequel les dimensions psychologiques, physiques et spirituelles sont intimement liées.


Trop souvent, pardonner est assimilé à un aveu de faiblesse, un manque de caractère. Pour beaucoup, pardonner c’est ne pas être capable de se faire respecter, c’est accepter sans rien dire.

En fait, il n’en est rien. Pardonner est un acte courageux et difficile mais salvateur psychologiquement et physiquement car il permet de ne pas avoir à payer la double peine, la douleur d’avant, et la douleur présente.


"La personne faible est incapable de pardonner. Le pardon est le propre de la personne forte." Mahatma Gandhi


A contrario, les effets du ressentiment si vous ne pardonnez pas sont dévastateurs.

Éprouver de la colère, de la rancœur ou du ressentiment pour quelqu’un n’affectera pas cette personne, en revanche votre vie n’en sera que plus compliquée et douloureuse. Éprouver du ressentiment consomme de l’énergie que ce soit physiquement ou émotionnellement.

De nombreuses études (1) ont démontré que ces émotions avaient des effets négatifs à long terme sur la santé (pression artérielle, maux de tête, anxiété, troubles du sommeil, …).


Le pardon a lui les effets inverses sur la santé. Il a d'ailleurs été constaté que les personnes qui avaient été capables de pardonner étaient d’une façon générale plus satisfaites de leur vie et avaient une meilleure image d’elles-mêmes (2).


Le pardon permet de se détacher du passé et retrouver sa liberté. C’est comme retirer votre main d’une casserole brulante. Une fois que vous vous êtes brûlés, vous n’êtes pas obligés de garder la main posée dessus et continuer à sentir la morsure du métal chaud sur votre peau.


Pardonner ce n’est pas oublier, on n’oublie jamais. Ce n’est pas tenter de justifier ou d’excuser, parfois cela n’est juste pas possible. C’est comprendre, apprendre à vivre avec, couper les liens émotionnels qui nous relient à l’évènement et tirer des apprentissages d’une expérience.

Nos actions ne sont alors plus motivées ou guidées par des sentiments de colère ou de haine.


Le pardon est un acte intime, c’est quelque chose que l’on fait pour soi. Il ne nécessite pas nécessairement la confrontation à l’autre. Pardonner c’est se mettre en paix avec ce qui s’est passé et d’une certaine façon ne plus laisser l’autre nous atteindre, se mettre hors de portée et fermer la porte derrière soi en y laissant toutes les émotions négatives.


Mais pardonner ne signifie pas tout accepter des autres, cela n’empêche pas de mettre des limites aux autres afin de se sentir respecté et éviter que les choses ne se reproduisent.


Lorsque l’on ne pardonne pas, la seule présence de la personne qui vous a blessé est ressentie comme une menace, déclenchant alors toutes les réactions et émotions qui s’activent en cas d’agression.

Ne pas pardonner ne permet pas de se défaire de ce sentiment de défiance et par conséquent rend difficile le fait d’être capable de faire à nouveau confiance. Par effet de miroir, la compassion et la générosité ressenties lorsque l’on parvient à pardonner apportent bien-être et sérénité.



Pour pouvoir pardonner il faut :

- Accepter et reconnaitre que l’on a été atteint et que l’autre nous a fait mal.

- Accepter et reconnaitre sa colère puis verbaliser ses émotions, ne pas les ensevelir au plus profond de soi. Peine, colère, manque de respect, … doivent être exprimés afin de ne pas laisser ces émotions s’imprimer en vous que ce soit psychologiquement ou physiquement.

- Comprendre et intégrer que la personne qui vous a fait du mal ne se définit pas et ne se limite pas uniquement à cette expérience.

- Accepter d’abandonner le statut de victime. Cette étape n’est pas simple et elle est souvent douloureuse. Aussi étrange que cela puisse paraitre, cette position confère un certain « confort » car elle permet d’attirer et garder l’attention des autres sur soi. Lorsque l’on est victime, on peut se plaindre et se lamenter, l’entourage est alors patient, à l’écoute et bienveillant. Il s’inquiète de vous, vous réconforte et on peut alors avoir le sentiment d’exister et d’être « aimé ». Le pardon ne peut intervenir que si nous faisons le deuil de ce statut de victime, or la colère et la rancune peuvent parfois être devenues des compagnes. S’en défaire, c’est accepter le vide.


Et n’oublions pas surtout qu’avant de pardonner aux autres, il est primordial de savoir se pardonner à soi-même. Il faut se pardonner d’avoir laissé les choses se faire, de ne pas avoir su ou pu réagir à temps, de ne pas avoir dit stop, …. Il faut alors se rappeler encore et encore que l’on a fait le mieux que l’on pouvait dans les circonstances qui étaient celles de ce moment.


"Pardonner, c’est délivrer un prisonnier et découvrir que le prisonnier, c’était vous." Oscar Wilde


Mais se pardonner à soi-même c’est surtout un exercice quotidien. Nous ne sommes pas parfaits et ne parvenons pas toujours à satisfaire les nombreuses exigences que nous avons pour nous-même, il est donc important de développer avec soi-même cette indulgence et cette compréhension de notre aspect imparfait et vulnérable.


Notes :

(1) - Mullet E., Neto F. and Riviere S. (2005), « Personality and its effects on resentment, revenge, and forgiveness and on self-forgiveness », in E.L. Worthington Jr. (Ed), Handbook of Forgiveness.

(2) - Freedman S. R. and Enright R. D. (1996), « Forgiveness as an Intervention Goal with Incest Survivors », Journal of Consulting and Clinical Psychology)

29 vues

Posts récents

Voir tout

La peur